Le fait d'être assise, vissée à mon siège, met une certaine forme de distance. Là, je suis plus libre, prête à communiquer, à communier avec lui.

Malgré une météo pessimiste quelques jours auparavant, le soleil a chaleureusement accueilli mon arrivée à Bayonne Jeudi en début de soirée.

Un premier groupe de fans venait d'arriver. Je ne les connaissais qu'au travers de nos messages sur Internet. Nous avions réservé des chambres dans le même hôtel à Bayonne, petit hôtel bien sympathique. J'ai passé une très très bonne soirée en leur compagnie. Après une nuit un peu agitée à la perspective du lendemain, nous sommes partis accueillir un autre groupe de fans qui arrivait par le train. Nous avons déjeuné ensemble et ce fut un moment très agréable. Le temps de retourner à l'hôtel dont nous occupions presque toutes les chambres maintenant, pour nous préparer, et nous voilà partis. 15 heures 15.

Arrivée devant les arènes 15 heures 45. Seule une petite grappe de fans attend. Nous nous sommes assis par terre. L'attente a commencé.

Le soleil participe à notre joie sans excès de chaleur. Je suis heureuse.

Vers 17 heures trente, on entend les sirènes de la police. Deux motards et une voiture précèdent la Maserati qui nous amène Elton. Des applaudissements et des cris de joie jaillissent.

18 Heures. On s'agglutine contre la grille.

18 Heures 45. Hourra ! Quelqu'un ouvre les cadenas et un fleuve de fans s'étale. Nous sommes rapidement arrêtés par les personnes qui s'occupent de la sécurité. Fouille du sac. Bouchon de bouteille retiré. Maintenant courir mais où ? À droite nous dit-on. Une fois devant la porte, "Non, il faut aller à gauche". Légère panique. Nous voilà repartis. On croise un autre groupe qui galope en sens inverse. J'ai perdu les gens que je connaissais. Par où sont-ils passés ? Gauche ou droite ? Au bout de trois allers-retours, bouteille à la main, j'en ai renversé une bonne partie. Zut, mon billet est tout trempé. "Suivez les barrières, là !". Pouvaient pas le dire plus tôt ?

Me voici enfin dans la fosse. Où sont-ils ? Lolo me fait signe près de la barrière. Je me faufile et heureusement, on me laisse passer. Merci mille fois.

Ça y est, cette fois-ci j'y suis. Tout devant. La scène est très large, elle occupe toute la largeur de la fosse. Le piano trône au milieu. Une heure trente encore à attendre. Le temps semble suspendu. Savoure Madyson, savoure... Et surtout le temps, ne t'accélère pas comme pendant les autres concerts. Prends ton temps. traîne. Paresse.

Les arènes se remplissent peu à peu. Il fait bon. Encore une demi-heure. Mon dos fatigue un peu. Déjà ? Zut, comment vais-je pouvoir tenir tout le concert ?

Les VIP commencent à arriver. Caroline de Monaco et Karl Lagerfeld entre autres.

Vingt heures trente. Elton en retard ? Cinq minutes. La musique habituelle commence. Mon cour s'emballe. Le voilà enfin !

Toujours aussi charismatique. Pantalon et longue veste noire, chemise, monture de lunettes et chaussures rouges. Boucle d'oreilles diamants et saphirs. Son sourire est toujours aussi craquant. Je n'ai jamais été aussi près. Et en plus je suis debout... Comment vous dire ? Disponible, comme si j'allais lui parler. Le fait d'être assise, vissée à mon siège, met une certaine forme de distance. Là, je suis plus libre, prête à communiquer, à communier avec lui.

Your song  commence. Pour la première fois, je peux voir ses doigts jouer. Étire-toi le temps...

The greatest discovery. Merveilleux. I need you to turn to. Après... Après je ne sais plus. Je me suis complètement abandonnée. J'ai laissé la musique me posséder.

Dans le désordre, Nikita, très tendre en solo, Daniel, Tiny Dancer.

Un peu plus tard, la lune a commencé à briller.

Quelque temps après, la nuit est arrivée à pas feutrés. Carla-Etude/Tonight  m'a envoûtée à un point tel qu'il m'a fallu quelques secondes de récupération avant de pouvoir apprécier la chanson suivante, très rythmée. Mais laquelle était-ce ? Je ne me souviens plus...

Honky cat, toujours aussi sympathique. Ballad of the boy in red shoes, Ticking, si poignantes.

Je n'ai pas beaucoup parlé avec Lolo pendant ce concert, mais nos regards échangés en disaient long ! Nous étions éclaboussés, envahis, submergés de bonheur.

I guess that's why they call it the blues, Original sin, Someone saved my life tonight, Sorry seems to be, The one, Blue eyes...

C'est la première fois que je suis dans la fosse et donc qu'Elton est placé plus haut que moi. Merveilleuse sensation. Quand je pense qu'on m'avait presque fait peur... Non, on n'est pas écrasé. Non, on n'est pas étouffé. Non, on n'en ressort pas sourd. Non, ce n'est pas si fatiguant que ça. Quelques étirements une fois le concert fini et le dos se remet en place rapidement. On vit mieux le concert car la position debout n'est pas une position attentiste. On peut chanter avec les autres, on peut danser, - enfin bouger, remuer -. On voit les doigts d'Elton créer la musique, on voit ses expressions... Tantôt concentré, recueilli, tantôt malicieux, lançant des appels au public du regard. Tout cela fait que nous vivons la musique "de concert" avec Elton.

Le seul bémol que j'ai trouvé est qu'autant on est proche d'Elton, autant l'environnement prend moins d'importance. Face à nous, Elton et l'arrière-scène. Le ciel ? En grande partie caché par le toit de la scène. Tandis qu'à Nîmes, étant dans les gradins, j'avais aimé embrasser du regard toutes ces personnes assises en rond en bas, en haut, à gauche, à droite, et en bas dans la fosse tous ces fans debout qui laissaient éclater leur joie m'avait remplie de plaisir.

Laisser errer mon regard dans le bleu du ciel qui s'obscurcissait lentement, suivre le vol de quelques oiseaux complétait idéalement certaines chansons.

I'm still standing, Candle in the wind, Sacrifice, Crocodile rock.

À ce concert, le temps fut honnête pendant les deux premières chansons. Ensuite, il a encore triché, le traître. Les minutes sont devenues des secondes car quand j'ai vu Elton sortir de scène, je n'arrivais pas à croire que l'on frôlait la fin. Elton, il te manque quelque chose pour continuer, c'est ça ? Tu vas le chercher, revenir et continuer à nous enchanter ? Et non, il est bien réapparu mais vêtu de son habituel jogging annonçant bien la fin très proche.

J'ai ressenti un fort sentiment de frustration à ce moment-là. Fichu temps qui choisit toujours les concerts pour filer plus vite que d'habitude... Et cette fois-ci, quelle vilaine farce. Ayant complètement été chamboulée par l'accélération du temps, je n'ai pas senti du tout le moment où Elton partirait. J'ai donc vécu Don't let the sun d'une façon très particulière. Il fallait la savourer au maximum et pourtant mon spleen ne me lâchait pas. Et en plus ce fut vraiment la dernière chanson. Pas de deuxième rappel. Elton nous abandonnait pour de bon. Et sans rien avoir signé. Je n'ai donc toujours pas d'autographe...

Même si ce concert m'a comblée, il fut sans beaucoup de surprises, à part I need you to turn to. Il faut encore patienter pour découvrir son nouvel album...

Alors, il a fallu quitter ce lieu témoin de tant de bonheur, de passion, d'amour. Le temps a arrêté sa course folle. Mais le sentiment tristounet a bien vite quitté mon cour. Le groupe de fans s'est reconstitué. Nous avons parlé du concert et mon bonheur a bien vite balayé ce léger vague à l'âme qui pointait.

Le lendemain, nous sommes retournés à quatre dans ce lieu qui nous a comblés. On démontait la scène. Le décor était fané. Les gradins étaient déserts et pourtant oui, c'était bien là que quelques heures auparavant...

De là où j'étais, ces arènes m'ont semblé bien petites. Elton, quand tu chantes sur scène, tu as le don de me faire voyager dans une autre dimension. Les lieux deviennent gigantesques, les aiguilles de ma montre entament leur course folle, et les émotions que tu me procures sont de ce fait bien particulières, et ces émotions-là, je ne les ressens qu'en t'écoutant.

Alors maintenant que ce concert est fini, je vais guetter les news du Net et dès l'annonce d'une nouvelle date de concert en France, tout recommencera. L'attente de la mise en vente des billets, les semaines à compter, le séjour à organiser, l'achat de ma place, et toute la suite, ces semaines étant accompagnées de bouffées de bonheur envahissant mon corps à chaque marche franchie pour arriver enfin au jour J.

Alors continue encore longtemps, Elton, car j'ai déjà perdu tant d'années...