"The Diving Board" - Le nouvel album d'Elton John, une vraie réussite -

16 septembre 2013

Dire que "The Diving Board" le nouveau crû signé Elton John était très attendu est un doux euphémisme. Le trentième disque solo de l'artiste est une collection de douze titres particulièrement bien écrits, des univers différents, mais où le piano est vraiment présent, bien plus que sur la plupart des récents albums d'Elton.

Mis en chantier en janvier 2012, "The Diving Board" produit par l'excellent T. Bone Burnett (qui a travaillé entre autres avec Madonna) est un retour aux sources pour Elton John, un retour à ce qu'il sait faire le mieux, jouer du piano. Et avec les années, sa voix est devenue nettement plus chaleureuse et intense, ce qui lui permet de superbes interprétations, notamment dans ce disque. Deux sessions d'enregistrement, une quinzaine de titres enregistrés en trois ou quatre jours, dont douze finiront sur le résultat final.

Parlons justement de ces titres, "Ocean's Away" qui ouvre l'album, est une douce caresse piano voix, dont le texte, aussi émouvant que la mélodie, parle des anciens soldats et de nos aînés dont il est important d'être imprégné. "I hang out with the old folks in the hope that I'd get wise" (Je passe du temps avec les anciens, en espérant être plus intelligent). "Oscar Wilde Gets Out" qui suit, met en avant l'emprisonnement et la libération de ce grand homme qu'était Oscar Wilde, à la fin du XIXe siècle. Un soul rythmé, et la voix d'Elton sur ce titre et sur le dernier de l'album, est intensément grave ce qui est assez rare, mais parfaitement maîtrisé et donne un côté dramatique au beau texte écrit par Bernie Taupin son fidèle parolier (qui bien sûr a écrit l'intégralité des textes du disque). "A Town Called Jubilee" est le premier gospel de l'album, des choeurs magnifiques, à part cela un titre conventionnel sans grande surprise, Elton avait fait la même chose dans le disque "Peachtree Road" en 2004, ça s'appelait "Porch Swing in Tupelo" mais était plus réussi.

La première "claque" de l'album c'est "The Ballad of Blind Tom". Avec un jeu de piano exceptionnel, une mélodie pas du tout commerciale mais intensément inspirée, Elton John rend hommage à un pianiste incroyable de la fin du XIXe siècle, Blind Tom Wiggins, de son vrai nom Thomas Bethune. Il était aveugle et autiste, mais c'était un prodige qui à l'âge de 16 ans faisait des tournées à travers le monde. "Play me anything you like, I play it back to you. I may be an idiot, I may be a savant, I didn't chose this life for me but it's something that I want" (joue moi ce que tu aime, je le rejouerai pour toi. Je suis peut-être un idiot, je suis peut-être un savant. Je n'ai pas choisi cette vie mais c'est quelque chose que je veux).

Surprenant aussi, "My Quicksand", une balade avec la voix d'Elton douloureuse et en écho, et la touche de génie, au milieu du morceau, un changement radical de mélodie, une improvisation pianistique dont il a le secret et qu'il fait rarement dans ses albums. "Can't Stay Alone Tonight" est le morceau country du disque, il fait du bien aux oreilles et au coeur, un style musical qu'Elton maîtrise très bien et dont il nous gratifie quelques fois ces dernières années.

Mon second gros coup de coeur sur ce disque, et pas étonannt qu'il a été indiqué pendant un moment comme titre possible de l'album, "Voyeur". Musicalement, textuellement et vocalement, c'est la perfection. Un vrai tube en puissance avec une fin surprenante. Comment redonner un souffle à un couple de longue date qui glisse dangereusement vers la monotonie, voilà le thème des paroles.

Premier single de l'album, diffusé en radio dès le 24 juin dernier, "Home Again" a été plébiscité autant par les critiques que par le public. Ce qu'Elton John sait faire de mieux, une mélodie qui touche sur un texte qui touche tout autant, le fait que retrouver ses racines est vital même si on parcourt le monde ou si on voyage beaucoup. "Take This Dirty Water", l'un des titres les plus puissants, qui ira superbement en live, des choeurs parfaitement orchestrée.

La troisième belle surprise de ce disque, elle s'appelle "The New Fever Waltz". Comme son nom l'indique c'est une valse, mais pas une valse conventionnelle comme on l'entend, une valse avec la patte d'Elton John, donc uniquement le refrain peut faire penser à ce genre musical. Il y a une émotion qui ressort de ce morceau, un je-ne-sais-quoi de touchant qui fait qu'on ne peut que laisser son imagination s'évader, en fermant les yeux. "Mexican Vacation (Kids in the Candelight)" est un réjouissant titre blues qui peut faire penser à "I Guess That's Why They Call It The Blues" sorti en 1983, on peut dire que c'est son digne successeur. Là encore, en live, c'est de la tuerie. Il s'agirait selon certains sites, de son second single.

Et on clôt "The Diving Board" par "The Diving Board" justement. Mon quatrième coup de coeur pour un morceau soul très envoûtant avec la voix d'Elton (décidément bigrement en forme) qui va sans peine d'une note grave à une note assez élevée. Sa tessiture est impressionannte. Et le sujet, qui se retrouve aussi sur la pochette du disque, le plongeoir, qui fait référence à ces jeunes issus de télécrochets ou d'émissions de téléréalité qui goûtent à la célébrité et finissent par s'y noyer.

A noter aussi pour terminer, qu'Elton s'est octroyé le plaisir de proposer trois instrumentaux qui jalonnent le disque, et qui sont sobrement intitulés "Interlude #1", "Interlude #2" et "Interlude #3". Comme il l'a dit dans un récent interview, il s'est mis à son piano et a laissé aller son inspiration sans rien écrire au préalable et en laissant tourner l'enregistreur.

Les points forts de ce "Diving Board", trentième disque solo, c'est d'abord et avant tout le piano, richement présent pour notre plus grand bonheur. Ensuite l'inspiration des deux duettistes Bernie Taupin et Elton John, résultat d'une relation absolument parfaite depuis 1967 entre le parolier et le compositeur. Et enfin la voix de l'artiste, qui avec les années s'est nettement bonifiée.

Est-ce le meilleur album de sa carrière, comme le disent quelques critiques dans des magazines spécialisés ? Je ne sais pas. Mais ce que je peux vous affirmer c'est que "The Diving Board" fera partie de ce qu'Elton John a fait de mieux en quarante-huit ans de carrière, c'est certain.

Sacha Wicki, Suisse.